Mai-Juin 2023 : La lettre économique de l’AFEDE

L’édito du Président

Chers lecteurs,

Malgré l’inflation en 2023, l’activité a été dynamique. Depuis le début de 2024, la production globale évolue sur un palier avec des variations différenciées selon les secteurs : une baisse pour les uns et une légère hausse pour les autres.

Je vous invite à parcourir cette lettre de l’Afede qui est consacrée aux deux secteurs de l’économie française : la Chimie et l’Energie. La première est un des piliers de l’économie française ; elle est le premier secteur industriel exportateur en France. Vous trouverez également dans ce numéro une analyse de l’évolution de la situation dans le secteur de l’énergie, notamment les prix de l’électricité qui constituent un des postes les plus importants de la consommation intermédiaire.

Bonne lecture !

Désiré Raharivohitra

Président

Activité dans la Chimie

Après le recul de 2023, la Chimie en France anticipe une année 2024 sans souffle, le secteur en France mais plus largement en Europe traversant une crise inédite. Dans un marché mondial qui reprend, la Chimie en Europe a marqué un nouveau recul en 2023 pour s’afficher en net décrochage par rapport aux autres secteurs industriels. Elle traverse une crise inédite dans sa durée (taux d’utilisation des capacités industrielles au plus bas depuis cinq trimestres à environ 74% au dernier trimestre 2023). Cette situation s’explique par des causes conjoncturelles (faible demande européenne et effets de déstockage) mais également structurelles comme des prix de l’énergie en Europe supérieurs au reste du monde.

Ce contexte défavorable est par ailleurs aggravé par la politique d’investissement agressive de la Chine qui conduit à des surcapacités mondiales sur de nombreux segments de la Chimie, et par le bond attendu des investissements industriels aux Etats-Unis subventionnés par l’Inflation Reduction Act (IRA), ce qui pourrait accroitre le retard de compétitivité de l’Europe. Si tous les grands pays de la Chimie européenne sont affectés, la Chimie en France a mieux résisté avec un recul de sa production de 1% en volume en 2023 contre -8% en moyenne pour l’Union Européenne ou encore -10% en Allemagne. Mais cette plus faible contraction en France par rapport à la moyenne européenne est en trompe-l’œil. La forte croissance du secteur des parfums et produits cosmétiques (+15% depuis 2021) et la meilleure tenue du secteur des spécialités chimiques (-4% contre -13% en Allemagne) ont en effet masqué le net décrochage de la Chimie de base (pétrochimie, chimie minérale, polymères) similaire à celui de ses homologues européens. Ces activités souffrent d’une perte de compétitivité, aggravée par la pression d’une concurrence internationale par ailleurs pas toujours soumise aux mêmes exigences réglementaires.

Toutefois, toujours en tête des secteurs industriels exportateurs en 2023, la Chimie en France reste aussi en pointe en termes d’innovation (4e rang mondial en dépôts de brevets européens devant la Chine). Le secteur a également connu une croissance nette de ses effectifs (+1,3% en 2023 correspondant à 26 000 recrutements) et de ses apprentis.

Pour 2024, dans une conjoncture économique et financière encore peu allante, les perspectives de croissance de la Chimie en France mais aussi en Europe, sont faibles et sans véritable élan. Les prévisions de l’industrie resteraient contrastées pour de grands secteurs clients tels que l’automobile, l’emballage ou l’aéronautique. En revanche, la récession attendue du bâtiment en France et en Europe porterait un coup de frein aux débouchés de la Chimie. Au premier trimestre 2024, la Chimie souffre ainsi toujours d’une faible demande, le principal frein pour plus de 40% des entreprises en Europe et son taux d’utilisation des capacités ne décolle pas (74,7% vs 74,4% au 4T2023). Malgré le ralentissement des prix de l’énergie, la Chimie en France continuerait à ressentir un écart de compétitivité-prix avec pour résultante une pression des importations extra-européennes.

Signe de la perte de vitesse en France, la Chimie anticipe aussi une baisse de ses investissements de croissance pour 2024 (-40%) arbitrés au profit des investissements réglementaires et de maintenance (+20%). Par ailleurs, sur le premier trimestre 2024, une large majorité des entreprises en France se préparent à des mesures structurelles d’économie malgré une croissance de la production sur la période qui ressort davantage d’un rattrapage sur les bas niveaux de 2023.

Pour une industrie de la Chimie souveraine en France, France Chimie a identifié cinq leviers prioritaires : répondre aux besoins en électricité bas-carbone à un prix compétitif avec la prochaine régulation du nucléaire, renforcer le plan France 2030, faciliter le recours aux instruments de défense commerciale pour rétablir une concurrence internationale équitable, simplifier et stabiliser la réglementation tout en l’adaptant aux nouvelles filières, préserver la compétitivité de la recherche en France par le Crédit d'Impôt Recherche et former les collaborateurs dont l'industrie manquera.

Catherine Herrero

Responsable Affaires Economiques et Statistiques – France Chimie

Les prix de gros de l’électricité européens doivent-ils nous rassurer ?

Les prix de l’électricité sur les marchés de gros européens ont connu un pic de prix historique à l’été 2022, dépassant ponctuellement les 1000€/MWh, ce qui a ensuite affecté la plupart des prix de détail des entreprises. Dans un contexte post-covid de nette reprise économique, les raisons de ces tensions de marché tenaient également à l’embargo européen vis-à-vis de la Russie et une moindre disponibilité du gaz naturel pour approvisionner les centrales au gaz, mais aussi à l’impact des sécheresses et températures excessives sur le secteur électrique européen (baisse du capital hydroélectrique et moindre capacité de refroidissement des réacteurs nucléaires), conjugués à des problèmes de corrosion du parc nucléaire français. Depuis, les bourses de l’électricité ont progressivement baissé, pour retrouver des niveaux de prix plus raisonnables début 2024, mais toutefois encore supérieurs à l’avant crise début 2021 (du moins pour ce qui est des produits ‘calendaires’ permettant de couvrir les besoins des prochaines années).

Alors qu’ils peinent actuellement à se situer durablement sous les 70€/MWh, ne devraient-ils pas être inférieurs, pour tomber sous les 50€/MWh ? Certes les prix du gaz naturel internationaux limitent probablement leur baisse mais le contexte économique en zone euro reste déprimé, avec une industrie allemande particulièrement affectée depuis 2023. En Zone Euro l’industrie est en recul de 3,3% sur un an sur les 3 derniers mois connus jusqu’à février 2024. En France, si l’on se concentre sur les entreprises électro-intensives, les plus consommatrices en électricité, et qui sont directement raccordées au réseau de transport, RTE rapporte une baisse de près de 9 TWh de consommation entre la moyenne de la période 2014-19 (63,2 TWh) et l’année 2023 (57,3 TWh), soit un écart qui correspond à environ 1,3% de la consommation nationale. Au niveau global France, RTE souligne plus généralement que la « sobriété énergétique » (mais également la hausse de prix de détail) rendrait compte d’une baisse significative de consommation, de -3,2% sur 2022 et de -6,9% relativement aux moyennes pré-2020. La demande électrique s’est ainsi fortement tassée dans cycle de conjoncture économique baissier mais aussi compte tenu de niveaux de prix élevés, peu favorable à la consommation électrique.

Côté offre, on peut considérer de bonnes nouvelles en France favorables là encore à un assagissement des prix. La disponibilité du parc nucléaire français est en ligne avec les objectifs donnés sur 2023-24 et l’on constate une hausse progressive et effective de la production nucléaire. L’hydroélectricité est également très nettement en hausse fin 2023/début 2024 avec des niveaux élevés des barrages. Les prix du gaz ont accéléré leur baisse en début d’année 2024, alors que dans le même temps la capacité installée du photovoltaïque a enregistré sur 2023 une croissance significative, de l’ordre d’un tier au niveau européen. A cela ajoutons une détente récente mais significative du prix des quotas de CO2 sur le SEQE proche de 60€/tCO2, on imagine alors que les prix de l’électricité ont toutes les raisons de baisser.

En réalité, si les « prix spot », déterminés au jour le jour pour livraison ‘immédiate’, se situent à de faibles niveaux qui témoignent effectivement de moindres tensions courantes de marché, en revanche ce sont les prix à terme calendaires (i.e. pour une couverture sur l’ensemble de l’année, baseload et peakload) échangés pour un approvisionnement sur les trimestres et années à venir 2025 à 2028 qui s’échangent encore, dans un trend compris entre 60-100€/MWh depuis début 2024, à des niveaux de prix supérieurs à la moyenne des dix dernières années -avant 2022- ,. De ce constat, doit-on interpréter que ces prix à terme de l’électricité qui servent majoritairement à l’approvisionnement des entreprises, s’échangent en incorporant une ‘prime de risque’ significative ? Rien n’est moins sûr. D’une part compte tenu de la détente à venir des taux intérêt, les acteurs économiques anticipent un contexte logiquement plus favorable économiquement pour les prochaines années en zone Euro, synonyme de croissance de la demande d’électricité.

D’autre part, toujours côté demande, le Bilan énergétique du RTE 2023 met en perspective pour les prochaines années des perspectives très éloignées, pour ne pas dire opposées à la baisse de consommation constatée jusqu’en 2023. Loin de prévoir une baisse, RTE anticipe jusqu’à 2035 un doublement du taux de croissance annuel de la demande relativement à la moyenne de longue période. Ce résultat qui peut paraitre inquiétant résulte avant tout de l’estimation de l’impact de la décarbonation de l’économie et l’électrification des usages sur la demande électrique. Cette croissance des besoins, si elle se confirme, devrait alors impliquer des taux de croissance que nous n’avons plus connu depuis le début des années 1980.

Enfin, du côté de l’offre, RTE souligne dans son scénario de référence que pour garantir la sécurité d’approvisionnement, en attendant le renouvellement du parc nucléaire (probablement pour 2040), il est nécessaire de poursuivre / réussir le programme de montée en puissance de la disponibilité du nucléaire français actuel, de poursuivre nos efforts de sobriété énergétique et de continuer à investir massivement dans les énergies renouvelables (majoritairement solaire photovoltaïque et éolien). Au final, s’il est périlleux de proposer des prévisions de prix de l’électricité, les arguments de manquent pas pour anticiper un contexte économique moins favorable sur les prix de l’électricité que celui que nous connaissons début 2024.

Olivier Reymondon

Directeur des Etudes Economiques – Achats Sncf

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