Janvier 2025 : La lettre économique de l’AFEDE
L’édito du Président
Chers lecteurs,
Je tiens à vous souhaiter, au nom de toute l'équipe du Conseil de l'Afede, nos meilleurs vœux pour cette nouvelle année 2025.
L'Association a tenu sa Commission sectorielle et sa réunion macro- sectorielle jeudi 16 janvier 2025 à la Maison de la Mécanique. Elles sont désormais ouvertes aux entreprises et aux organisations professionnelles.
La Commission sectorielle, qui a lieu sous forme d’un déjeuner, était l’occasion pour les responsables économiques des grandes Fédérations et des Banques, d’élaborer les prévisions pour l’année 2025, secteur par secteur, et d’en faire une synthèse qui débouche sur le calcul du PIB français (méthode de prévisions ascendante). La réunion de l’après- midi s’est ouverte par un focus sur les industries mécaniques, la conjoncture de commerce de détail et sur le bâtiment. Une analyse macroéconomique et financière a clôturé la réunion après la présentation de comptes agrégés au sens de la comptabilité nationale.
L'ensemble des différents secteurs industriels ainsi que les prévisions pour les secteurs de l’agriculture, du commerce et des services sont mis à l'honneur dans le cadre de la présente publication.
Bonne lecture !
Désiré Raharivohitra
Président
PANORAMA DES PERSPECTIVES 2024-2025
POUR LES GRANDS SECTEURS D'ACTIVITÉ EN FRANCE
Depuis 1992, les économistes spécialisés dans les différents secteurs de l'économie mettent en commun deux fois par an leurs prévisions au sein de la Commission de conjoncture de l'AFEDE (Association française des Économistes d'Entreprises). Il en résulte une information originale, qui a contribué au réalisme du diagnostic macro-économique élaboré collégialement dans ce cadre.
L'année 2024 est une année de fragilité. Par rapport aux prévisions élaborées au milieu de l'année portant sur 2024, les estimations de l'évolution de la production industrielle ont connu une légère détérioration sur la fin d'année 2024. Cela s'explique majoritairement par un prix de l'énergie qui a nettement augmenté au deuxième semestre de 2024 et par une situation politique actuelle incertaine. Ce qui conduit les ménages à accroître leur épargne par crainte. Cette situation freine aussi l'évolution de l'activité des entreprises.
Toutefois, l'industrie résiste face au ralentissement conjoncturel :
Selon la synthèse de l'ensemble des prévisions communiquées par les Fédérations industrielles réunies à la Maison de la Mécanique le 16 janvier 2025, la production industrielle se maintient au niveau de 2023 ; la tendance est stable en 2024 (+ 0,1 % hors Btp).
Les prévisions pour 2025 confirment ce maintien de l'activité à son niveau actuel (+ 0,1 % hors Btp).
Les prévisions d'activité pour 2025 varient suivant les secteurs industriels. Parallèlement, la plupart des secteurs hors industries affichent des perspectives favorables en 2025. C'est ainsi que le secteur de l'énergie devrait enregistrer une hausse de + 3,5 % en volume en 2025. L'agriculture, l'information et la communication ainsi que les services aux entreprises devraient aussi profiter de cette augmentation.
Les secteurs industriels qui affichent des perspectives favorables ou une stabilisation en 2025
Chimie :
Au niveau européen, le secteur de la chimie traverse une crise de compétitivité. Après les impacts du Covid et de la crise énergétique, la montée en puissance de la Chine aggrave la situation, notamment en raison d'une réglementation européenne jugée plus contraignante. En 2024, la chimie européenne a progressé d’environ 2 % en valeur, grâce à une hausse de production en Allemagne, tandis que la France a enregistré un léger recul, poursuivant la tendance amorcée en 2023. Ce recul est préoccupant dans un secteur confronté à une concurrence accrue de la Chine, dont l’activité a progressé de 9 %. Ainsi, même si la chimie française devrait se stabiliser en 2025, la concurrence mondiale demeure intense.
Construction mécanique :
Après un fort rattrapage post-Covid, le secteur des industries mécaniques est entré dans une phase de stabilisation à haut niveau. En 2024, une légère baisse du chiffre d’affaires (environ – 1 % en valeur) a été constatée, mais les perspectives pour 2025 sont plus encourageantes, avec une légère progression globale obtenue en agrégeant les prévisions des professions. Toutefois, une légère baisse reste envisageable en raison des prévisions de dépenses d’investissement en France, même si les niveaux d’activité restent élevés et les marges nettes continuent de progresser régulièrement depuis 2021.
Construction électrique :
Pour les biens d’équipements électroniques, une hausse a été constatée en 2024, tendance qui devrait se poursuivre en 2025. En revanche, 2024 a été marquée par une légère baisse pour les biens d’équipements électriques, tandis que les biens d’équipement ménagers devraient connaître une hausse de 1 % en 2025, après un léger recul en 2024.
Papier et carton :
Le secteur du papier a connu une année 2024 relativement difficile, bien que la production soit en hausse par rapport à 2023. Néanmoins, l’activité reste en baisse par rapport à 2022 et 2021, en grande partie à cause des récentes hausses des prix de l'énergie qui ont alourdi les coûts de production. Pour 2025, les prévisions demeurent optimistes avec une reprise attendue de l'activité, malgré des perspectives encore incertaines.
Matériaux de construction :
Les prévisions pour 2025 indiquent une stabilisation de l’activité après une année 2024 marquée par une baisse de la production de – 7 % en volume.
Les secteurs industriels avec une prévision baissière en 2025
Automobile :
Le secteur de l'automobile, qui réalise la moitié de son chiffre d'affaires auprès des particuliers, a connu une année 2024 difficile. Fortement impacté par la concurrence de la Chine, la compétitivité européenne – et particulièrement celle de la France – en a souffert. La Chine occupe désormais la première place parmi les exportateurs dans ce secteur, se concentrant principalement sur l'Asie, l'Europe et la Russie.
Travaux publics :
En 2024, les travaux publics ont enregistré une hausse de 3 % en valeur et de 2,5 % en volume, principalement grâce au lancement de plusieurs projets, même si ces résultats demeurent inférieurs aux attentes. Par ailleurs, dans le secteur privé, le moral est en baisse depuis mai 2024, avec une dégradation progressive de l’activité, conduisant à une prévision globale de recul en 2025.
Bâtiment :
Le secteur du bâtiment a été particulièrement éprouvé en 2024, entrant en récession. La mise en chantier a chuté à 253 000 unités – le niveau le plus bas depuis 1954 – marquant une baisse de 7 % par rapport à 2023. Le logement neuf est fortement impacté, tandis que le non-résidentiel reste dynamique, et l’entretien ainsi que la rénovation affichent une légère baisse. Globalement, la production a reculé de 6 % en 2024 et le chômage dans le secteur a augmenté. Les prévisions pour 2025 anticipent une nouvelle baisse dans le logement neuf (- 14 % en volume), une diminution des mises en chantier et une hausse du chômage, avec la suppression prévue de 100 000 emplois (- 7 %), pour une baisse totale comprise entre - 4 % et - 7 % en volume.
Caoutchouc :
Utilisé principalement dans l'automobile et les médicaments, le secteur du caoutchouc a connu un premier semestre 2024 favorable, suivi d'une forte baisse au deuxième semestre par rapport à 2023, en raison de la hausse des prix de l'énergie et d'une incertitude politique pesante. L'emploi dans la filière est également menacé (5 % des emplois). Pour 2025, une baisse plus modérée (- 2 %) est attendue, compte tenu de l'omniprésence du caoutchouc dans de nombreux secteurs.
Transport :
Le secteur du transport public affiche une situation mitigée. D'un côté, le stress et le manque de confiance dus à l'incertitude gouvernementale pèsent sur l'activité, tandis que, de l'autre, les comptes de la SNCF restent rassurants, témoignant d'une certaine résilience.
Commerce de détail :
L'année 2024 a été morose pour le commerce de détail, avec un repli de 1 % en volume et en valeur, ainsi qu'une perte de 12 600 emplois sur un an. Bien que le secteur alimentaire ait mieux résisté, le moral des ménages reste globalement bas, marqué par une prudence accrue face aux craintes liées au chômage, ce qui ne favorise pas une reprise de la consommation.
Conjoncture macroéconomique :
La France a connu une croissance économique modeste de + 1,1 % en 2024, en grande partie grâce aux Jeux Olympiques organisés sur le territoire. Cette performance a été soutenue par un taux de chômage relativement bas, stabilisé à 7 % tout au long de l’année, et une amélioration du pouvoir d’achat, même si la consommation des ménages a stagné au premier semestre, ceux-ci préférant épargner davantage. L’augmentation du taux d’épargne, associée à une demande toujours faible et à un climat d’incertitude politique, a entraîné une baisse des investissements des entreprises sur l'ensemble de l'année. Au second semestre, la situation énergétique s’est dégradée avec une forte hausse des prix du gaz et de l’électricité en Europe, liée principalement aux tensions géopolitiques avec la Russie et à une réduction des stocks d’énergie. Pour 2025, les prévisions économiques envisagent une croissance légèrement inférieure à 1 %, traduisant une reprise modérée dans un environnement encore marqué par l'incertitude.
Jean-Philippe Dupeyron
Rédacteur en chef